Mon Chien: Par Amour Pour L’amour

Elle vivait chez une personne qui disait aimer les chiens, mais les avait laissés, elle et une trentaine d’autres chiens pendant tout l’hiver dans un garage ne pouvant accueillir qu’une automobile.

Elle y a vécu de 0 à 9 mois dans ce chenil où, oui elle n’était pas en cage, mais n’avait pas assez de nourriture. Elle devait se battre pour arriver à manger des miettes. Elle avait perdu d’ailleurs plusieurs parties de son pelage en plaques rondes et piétinait constamment des pattes arrière, qu’elle soit couchée ou debout. C’était encore pire lorsqu’on la regardait. Elle faisait beaucoup d’anxiété.

Comme elle était une Doberman, elle ne pouvait pas rester longtemps à l’extérieur dans nos froids hivers Québécois. Elle s’est donc battu pour la nourriture et l’espace.

Lorsque j’ai visité le chenil, je ne voyais qu’elle.  Elle ne courait pas avec les autres chiens. Elle était toujours avec les enfants, assise. Comme j’avais une petite fille de 2 ans, il me fallait un chien à qui je pourrais faire confiance. Elle me l’a prouvé maintes et maintes fois au cours des 5 ans qu’elle a vécu avec nous.

La responsable du chenil me la déconseillait, car elle disait qu’elle était dominante et territoriale. Je savais que ces attributs pourraient être focalisés au bon endroit.

Nous n’étions pas prêts à l’amener la journée même à la maison. Nous n’étions là que pour visiter et voir les chiens. Lorsque nous avons été prêts à partir, j’avais laissé la porte de l’auto ouverte et discutais dans son entrebâillement avec la responsable du chenil. Bella est venue tout près, à renifler l’intérieur de l’auto et avant que j’ai pu faire quelque chose elle est entrée et s’est assise tout doucement sur le siège arrière ou j’avais préalablement installé ma fillette dans son siège d’auto.

Nous avons tous été très surpris de son geste et comme il était spontané et que ma fille ne l’a craignait nullement, nous avons décidé qu’elle pouvait venir la journée même. Ce jour-là, elle nous a choisi et il n’y a pas plus belle marque de confiance venant d’un animal ayant vécu comme elle.

À la maison, nous lui avons acheté un sac énorme de nourriture et pour qu’elle comprenne qu’elle n’en manquerait pas, nous lui en donnions aussitôt qu’il n’y en avait plus dans son plat. Au début elle en mangeait trois plats par jour et après un peu de temps cela a diminué à deux. À la fin, elle n’en mangeait que les trois quarts d’un et elle était rassasiée. Je lui ai montré aussi que même si nous prenions quelques graines dans son plat que cela ne lui enlèverait rien. À force de le faire, elle a compris que nous pouvions tous lui en donner et lui en prendre, même ma petite et Bella ne grondait nullement après aucun de nous.  

Un mois plus tard nous nous sommes rendu compte qu’elle était déjà enceinte. Elle avait à peu près un an lorsqu’elle a accouché de ses 12 chiots. J’ai accouché chacun de ses chiens. Elle était bien trop jeune. Elle était encore un bébé elle-même et à chacune des contractions elle lançait un hurlement de douleur. J’étais là et la caressais pour la rassurer à chaque fois. Cela à duré de 21h30 à 10h le lendemain jusqu’à l’éjection des derniers déchets d’accouchement. Elle a su que je ne lui ferais jamais de mal consciemment.

Elle était ce genre de chien qui ne bougeait pas exagérément dans la maison. Jamais elle n’est allé dans la cuisine, la salle de bain ou les chambres. Elle ne se promenait que du salon aux trois entrées où elle pouvait voir partout à l’extérieur.

Après environ six mois, son anxiété avait diminué de telle façon que son piétinement était presque terminé et deux ans plus tard elle ne piétinait que lorsqu’elle était très contente comme lorsque nous arrivions à la maison. Elle était devenu un chien calme et tout son pelage avait repoussé et était d’un beau noir brillant et lisse.

Lorsqu’elle n’a plus été anxieuse et qu’elle a compris parfaitement qui était la femelle dominante dans la maison. Nos visiteurs pouvaient aller et venir dans la maison sans problème. Elle ne grondait plus après personne à l’intérieur et se laissait caresser sans problème. Par contre, son caractère de chien territorial reprenait le dessus aussitôt qu’elle était à l’extérieur.

On lui avait installé un long fil de fer qui partait du cabanon, passait devant les portes du garage et venait jusqu’à la porte de côté. Nous devions l’attacher car elle fuyait le terrain. Une chance, car même les gens qui la connaissait très bien, qui pouvait la caresser et la faire asseoir quand il voulait dans la maison, n’arrivait même pas à s’en approcher lorsque nous n’étions pas là. Ils n’osaient pas s’aventurer près d’elle. Elle baissait la tête pour ne faire qu’une ligne droite, le poil dressé et les regardait fixement en grondant et jappant après eux.

Elle avait eu il y a environ deux ans, une infection à l’utérus et j’étais allé la faire soigner dans une clinique vétérinaire. Cependant, après, ces menstruations n’ont jamais plus été aussi abondantes. Elles semblaient aussi plus douloureuses et elle commençait à avoir de la difficulté à se lever lorsque cela faisait longtemps qu’elle était couchée. Je m’inquiétais et je voulais la faire stériliser.

J’ai recommencé à courir depuis deux ans et je lui avais montré à courir avec un humain. Entraîné un chien pour courir avec un humain n’est pas évident du tout. Ce n’est pas durant la course le problème, c’est avant. Le chien veut courir trop vite et tire sur la laisse et il ne faut pas, au risque de tomber et se faire mal. Alors la patience avec eux est de mise. Après un certain elle est devenu le chien idéal.

Elle était toujours partante et était devenu la parfaite partenaire pour courir. Jamais elle ne courait devant, jamais derrière et n’arrêtait pas partout pour sentir tout ce qui lui tombait sous le nez. Elle aimait tellement cela que lorsque je ne pouvais pas l’amener comme lorsqu’il faisait trop chaud, elle se lamentait et dérangeait tous les voisins jusqu’à ce que je revienne. Elle était tellement contente comme si elle était venu courir avec moi. Son coeur était très fort à cause de cet entraînement. Pas de surplus de graisse du tout selon la vétérinaire.

Comme je disais, ses douleurs au ventre m’inquiétais et je désirais la faire stériliser pour lui faire enlever l’utérus car je croyais que son problème venait de là. Elle avait eu la diarrhée et avait cessé de manger. Je devais me placer près d’elle et lui dire de manger pour qu’elle le fasse. Pareil pour boire. Cela avait retardé son rendez-vous pour la stérilisation.

Le lien qui nous unissait était très profond parce que nous étions partenaires et elle sentait bien que je m’inquiétais. Le mois avant sa chirurgie, on aurait dit que je ne voulais pas la laisser. Je me dépêchais à retourner à la maison après mon travail du matin et je la caressais et lui disait que je l’aimais et qu’elle était un bon chien à de très nombreuses reprises.

Je lui faisais coller son long museau près de ma joue et elle restait là sans que j’ai besoin de la tenir pendant de longs moments. Elle fermait les yeux et profitait du moment autant que moi. Jamais elle ne m’a léché le visage. Je déteste me faire lécher le visage. Je prenais aussi plus de temps avec elle pour la faire courir librement et elle ne s’éloignait plus beaucoup de moi et me revenait en brassant du derrière comme un jeune chiot.  Elle semblait une chienne heureuse et j’espère que nous l’avons rendu ainsi.

Le 24 avril, ma fille et moi l’avons amené dans une clinique vétérinaire plus près de chez nous pour la faire stériliser. Aussitôt entré j’ai ralenti mon avance car il y avait deux chats en liberté dans la salle d’attente. Plus tard j’ai su que c’était les chats de la clinique. D’habitude Bella croquait les chats, mais pas ceux-là. Ils se sont plutôt dit bonjour. Le chat regardant la chienne du comptoir et la chienne s’asseyant devant le chat avec une attitude plus curieuse qu’agressive.

Ensuite est venu la pesée et encore là elle m’a agréablement surprise. La préposée à l’accueil l’a fait monter sur la pesée sans problème ce qui ne se faisait pas facilement d’habitude. Elle l’a ensuite amené dans le dortoir des animaux et Bella avait l’air d’être comme chez-elle. Elle tortillait son derrière avec son moignon de queue et avait l’air tout à fait heureuse d’y aller.

La seule fois où elle avait dormi dans une clinique auparavant, elle avait hurlé toute la nuit et avait poursuivi ce comportement rendu à la maison. J’avais du lui imposer d’arrêter. J’étais très surprise de son attitude conciliante et enjouée chez celle-ci. Je me souviens m’avoir dit qu’elle serait très bien et qu’il n’y aurait pas de problème cette fois-ci. Elle devait y passer la nuit et être opéré le lendemain.

Elle est entré en chirurgie le matin et tout a bien été. Selon les préposés, elle était calme. Elle a débuté une hémorragie peu après et la vétérinaire a dû la ramener en chirurgie pour vérifier ses points. Elle n’a trouvé aucun problème avec les points et elle les a même doublés par sécurité. L’hémorragie ne venait pas des points, mais plutôt de toutes les petites veines autour de l’enlèvement de l’utérus. Elle a finalement pu arrêté l’hémorragie. En phase de réveil, Bella a fait un arrêt cardiaque et ils n’ont pas réussi à faire repartir le coeur. Elle est décédé le 25 avril à l’âge de cinq ans et demi. Bien trop jeune à mon avis.

Lorsque je suis allé la chercher pour l’enterrer chez moi avec ma petite, elle était couchée sur le côté sur une table. Elle semblait dormir. Tellement belle. Je pensais l’inscrire au cinq km du demi-marathon du coin avec moi. J’en avais d’ailleurs parlé au directeur du demi-marathon et il ne voyait pas de problème à ce que cela se fasse. Elle était ma partenaire et elle me manque.

Aujourd’hui elle dort à l’ombre de notre généreuse haie de thuya occidentalis, tout près de nous. Je pense avoir un autre chien pour courir avec moi. Cela donne un aspect motivant à la course. J’aimerais avoir aussi la même race de chien, car leur spécificité corporel en font un chien parfait pour courir. Mais pas maintenant. Je dois vivre mon deuil et mes deuils sont bien souvent longs.

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4 Responses to “Mon Chien: Par Amour Pour L’amour”

  1. J’aime votre style et votre histoire. Il est trop votre blog ! je suis accro.

  2. Votre histoire est captivante. Elle tres bien ecrit. Et votre site est lisible et convivial. Bravo !

    • nath dit :

      Merci beaucoup. On croit souvent, à tord, que les dobermans sont agressifs, mais elle était un vrai bon chien. Je pense aujourd’hui à dresser un autre chien pour la course. Je vais voir!

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